Bio et texte critique

BIOGRAPHIE : Originaire du Lot et Garonne, j’étudie à l’université d’arts plastiques de Toulouse. Après douze années dans les grandes agences publicitaires parisiennes en tant que directrice artistique, je passe de la palette graphique pour retrouver celle du peintre et reprend mes études en validant un DNAP option Art à l’Ecole des Beaux-Arts. Mon métier de publicitaire a certainement renforcé mon goût de l’image sous toutes ses formes et de la mise en scène. Après, plus d’un an de résidence à l’association 59RIVOLI (collectif d’artistes, soutenu par la mairie de Paris), j’ai intégré un collectif de dessin contemporain . Mon travail est aujourd’hui visible sur rendez-vous à mon atelier et à la galerie Jean-Louis Ramand.


TEXTE CRITIQUE :
« Le propre de la réalité humaine,
c’est qu’elle est sans excuse »
Jean-Paul Sartre, L’Etre et le Néant, Ed.Tel Gallimard, p 613

Dans son œuvre dessinée, Sandra Krasker explore notre rapport au corps dans ce qu’il a de plus intime, entre le « dehors » et le « dedans », le dessus et le dessous, quand affleurent sur la peau et le papier le sang, les veines, les flux de réseaux sanguins ou musculaires, les organes vitaux. On devine dès le premier regard une forme de tension entre la délicate souplesse de son trait et sa nervosité, comme l’expression d’une violence sourde et contrainte, immédiatement perceptible. Dans ce travail de figure, l’artiste, si elle cherche à saisir une forme de vérité tangible – car le corps compose par définition une forme de vérité saisissable, partie visible du monde, « chose étendue » comme dirait Descartes-,  semble avoir le souci de signifier quelque chose de l’ordre de l’émotion, du vécu, du ressenti, comme si, au fond, ce n’était pas « le corps » qu’elle dessinait mais, à travers lui, parce qu’il est enveloppe et support nécessaire, la saisie d’une intériorité implicite, le choix de la vulnérabilité de la chair à la fois que de sa puissance, une certaine forme de véracité au-delà, ou en deçà de la matière.

Cela étant posé, sa réflexion sur ce sujet a évolué en même temps que sa pratique et, depuis quelques temps, au-delà de cette dimension organique et, disons, spirituelle, le corps dessiné par Sandra Krasker, mis en connexion avec le système extérieur, replacé dans un environnement, se fait désormais à proprement parler « corps politique », c’est à dire corps jeté au monde, mis en situation de confrontation au monde et aux altérités qui le constituent.
Pour l’artiste, le corps est à la fois mémoire de sa propre histoire et mémoire de son rapport au monde, et, dans un rapport dialectique à ce monde, la manière dont il est traité, en tant que sujet-objet, sujet pour soi, objet pour autrui, lui apparait, explique-t-elle, comme un « curseur des droits de l’homme ».
Ainsi, comme elle l’exprime dans l’oeuvre « Out, out, out »(2015), se pose la question « politique » du corps : premier objet de droit et de devoir, matérialisation ou incarnation du sujet, il est aussi premier outil de guerre. Que l’on soit assaillant ou victime, c’est par lui que la guerre agit. On pense à des œuvres comme « ¡ Revolution y resignation ! » ou encore “¡ No pasaran !”(2014). Ce dessin au fusain, pierre noire et encre rouge de grand format évoque avec force le franquisme, tel qu’il fut vécu, dans sa chair, par la famille de l’artiste, membres de la FAI (Federación Anarquista Ibérica) dont l’engagement politique traditionnel fit des victimes : son arrière-grand-père et son grand-oncle, déjà, avait été prisonniers politiques. Sandra Krasker raconte : « Ma grand-mère catalane et sa famille, anarchistes fortement engagés contre Franco, ont payé fort le prix de la liberté d’expression. Son plus jeune frère, à même pas 20 ans, peu conscient des dangers qu’il encourrait, a été fait prisonnier par Franco, puis envoyé à la légion étrangère. Sur place, ses jambes ont gelés et il a été ramené en Catalogne pour gangrène : opéré à 21 reprises pour stopper la nécrose des tissu, par morceau. Ma grand-mère, infirmière de fortune pendant la guerre, a pris elle-même la décision de couper haut pour tout stopper. Alors, que les médecins ne lui donnaient que 4 ans à vivre maximum… il a survécu plus de 40 ans sous morphine. ». « La dictature », dit-elle encore, « empêche la parole mais surtout laisse ses traces sur le corps, son empreinte pour des années dans la chair. J’ai choisi d’appelé ce travail “ ¡ No pasaran ! ” en mémoire des espagnols qui ont cru que les nationalistes de Franco ne passeraient pas. Franco “a coupé les jambes aux gens”, et leur dignité avec. »
Ce corps est, enfin, premier trophée de guerre, dans sa destruction ou sa violentation. Un corps qui lutte, donc, qui agit ou subit, qui blesse ou est blessé, violé, tué, et ce corps, c’est celui des hommes, des femmes, d’un pays, d’un continent…
Quelque virtuel que tende à devenir le monde, celui-ci est bien réel, avec du sang, des membres et un cœur, organe que l’artiste relie à la violence d’un univers auquel il faut tenter de survivre. Et, lorsque ce corps est celui d’une femme, alors, il y a redoublement de la violence, car il devient objet aussi symbolique que réel de pouvoir et de domination, stratégie militaire, arme, souvent théologisée, de terreur et d’anéantissement. Dans l’oeuvre « The Ennemy inside » (2015), Sandra Krasker évoque cette manière dont « l’occupant introduit sa semence chez l’occupé en signifiant qu’il est là et qu’il ne mourra pas complètement, l’occupé aura l’ennemi dans ses entrailles ».… lire le texte dans son intégralité

Marie Deparis-Yafil, critique d’art, commissaire d’exposition et en collaboration avec différents lieux d’art contemporain et galeries